03 November 2026
Mentalista : de Techinnov au contrat avec l’armée, l’histoire d’une neurotech française
Capteurs cérébraux, émotions, charge cognitive : la startup Mentalista a fait de la neurotech un business. Rencontre avec Romaric, dans notre série « Que sont-ils devenus ? ».
Fondée en 2017, Mentalista conçoit des capteurs capables de mesurer le stress, l’attention ou les émotions à partir de l’activité du cerveau et du corps. Romaric nous a reçus pour retracer le chemin parcouru depuis sa première participation à Techinnov.
Mentalista, c’est quoi, en quelques mots ?
« On développe une plateforme d’analyse de l’humain. Nos capteurs se positionnent un peu partout sur le corps, principalement sur le cerveau, pour collecter des données cérébrales et physiologiques. Nos algorithmes analysent le stress, l’attention, la charge cognitive, les émotions. On peut ensuite utiliser ces données pour interagir avec notre environnement connecté. » Les données sont captées, stockées et sécurisées en Europe.
Vous avez participé à Techinnov pour la première fois en 2023. Où en étiez-vous ?
« On venait de finaliser notre première levée de fonds pour développer notre technologie propriétaire. On n’avait pas vraiment de client, pas vraiment de marché. Les premières rencontres, notamment à Techinnov, nous ont permis d’échanger avec des acteurs de différentes industries et de voir où se trouvait l’appétence pour ces technologies. »
Qu’est-ce que Techinnov vous a concrètement apporté ?
« La possibilité de préparer des rendez-vous en amont avec de gros acteurs. Chaque fois que nous avons été présents, nous avons eu une douzaine, une quinzaine de rendez-vous extrêmement qualifiés : des directions métiers, recherche, innovation, dans le transport, l’aéronautique, la défense, la cosmétique. Avec beaucoup de ces contacts, nous avons toujours des interactions, et les projets mûrissent petit à petit. »
Comment cela s’est-il traduit en business ?
« Notre premier projet est né avec un acteur de la beauté : un serre-tête à capteurs déployé en magasin pour analyser les émotions des consommateurs. Il nous a permis de générer du chiffre d’affaires dès le départ, puis récurrent, car notre modèle repose sur l’achat du matériel et l’utilisation de notre application. Fin 2024, nous avons signé notre premier contrat avec l’armée, sur le même modèle. »
Pourquoi la défense s’intéresse-t-elle à vos capteurs ?
« Un soldat sur le terrain peut être confronté à une surcharge d’informations, de bruit, de risques. Notre technologie permet de collecter et d’analyser la donnée en mobilité. C’est de là qu’est né SHAPE, une interface qui mesure la charge cognitive d’un apprenant en temps réel et adapte son scénario de formation pour éviter la frustration liée à l’échec. »
Quels conseils donneriez-vous à une startup qui veut lever des fonds ?
« Déjà, lever seulement si on en a réellement besoin. Sur des tickets de 300 000 à 1 million d’euros, on ne va pas forcément voir des fonds de capital-risque tout de suite. Nous avons levé 1,1 million en 2022-2023 et nous relevons 1 million actuellement, plutôt auprès de business angels et de family offices, pour éviter de diluer trop vite notre capital. Il faut trouver des investisseurs qui croient au projet et à l’équipe. »
Et dans cinq ans ?
« Notre objectif est d’avoir créé un standard : de collecte, d’analyse et d’usage. Nos capteurs pourraient se retrouver dans des écouteurs, des lunettes, des casquettes. Et à terme, pourquoi pas ne plus avoir de mot de passe et s’authentifier par la pensée. »
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